Commémoration de la répression du 17 octobre 1961 au Pont de Bezons

17 octobre 2009

Depuis le début des années 90, des militants associatifs comme Chérif Cherfi ont contribué à faire éclater la vérité concernant les dizaines de manifestants algériens tués par des policiers à Paris. Il aura fallu dix ans de mobilisation et beaucoup d’encre pour que se lézarde la chape de plomb. Voilà bientôt vingt ans, le préfet du Val-d’Oise avait encore cru bon d’envoyer la police desceller la plaque commémorative apposée au pont de Bezons, l’un des lieux du massacre, par l’association Au nom de la mémoire.

L’an dernier, Philippe SARRE et la municipalité de Colombes avaient tenu à participer à cette cette cérémonie militante et à dévoiler une plaque rendant hommage aux victimes des répressions policières. Cette année année encore, cette plaque attend que les travaux du pont de Bezons s’achèvent pour qu’une plaque y soit à nouveau scellée.  Samedi dernier, cette émouvante cérémonie a rassemblé les municipalités de Colombes et de Bezons, les partis et les forces de gauche, des associations algériennes et de nombreux militants.

LONGTEMPS, la date du 17 octobre 1961 a été une oubliée de l’histoire. Les dizaines, voire les centaines d’Algériens massacrés par la police de Maurice Papon lors d’une manifestation de protestation contre le couvre-feu imposé aux seuls musulmans, étaient ainsi comme rayés d’un trait de plume.

Cette éclipse a duré trente ans.

Qu’en plein Paris, moins de vingt ans après la rafle du Vel’d’Hiv’, des autobus aient été réquisitionnés pour emmener dans des stades une partie de la population désignée par ses origines raciales sinon religieuses, que nombre des 11 500 « Français musulmans d’Algérie » arrêtés aient été tabassés parfois à mort par des policiers parisiens qui voulaient venger les dizaines de leurs collègues assassinés par le FLN… l’opinion française, lasse d’une guerre meurtrière de sept ans, a voulu l’oublier. D’autant que ces massacres, version parisienne des ratonnades d’Algérie, intervient alors que des négociations avec le FLN vont aboutir cinq mois plus tard.

Alors pourquoi cette décision du FLN de manifester en masse, pourquoi cette répression atroce ? «Pour un coup rendu, nous en porterons dix » , prévient le préfet de police, Maurice Papon, le 2 octobre1961. L’exaspération des Algériens est à son comble, et lorsque le préfet les soumet à un couvre-feu (à 20 h 30) afin d’empêcher les réunions de militants, le FLN décide d’appeler à une manifestation pacifique et nocturne sans armes, sans provocation. Côté policier, les attentats suscitent fréquemment des réactions de haine et chaque Nord-Africain est assimilé à un terroriste potentiel.

Si le bilan chiffré de la répression provoque des controverses- 265 morts selon Jean-Luc Einaudi, là où Jean-Pual Brunet n’en admet qu’entre 30 et 50 -, d’autres enjeux surgissent : la construction d’un mensonge d’Etat et l’importance du combat pour la mémoire. Les mensonges policiers et administratifs se multiplient : bilans truqués, réponses fallacieuses aux interpellations des élus et de la presse, obstruction à la mise en place d’une commission parlementaire, interdiction de livres et de films, poursuites systématiques en diffamation, jusqu’à la prohibition de l’emploi du terme « arrestation »… Face à ce déni d’Etat, les partis de gauche se mobilisent autour de « Charonne ». Certains tentent de faire oublier leur soutien primitif à la guerre coloniale. Sans oublier l’amnistie et la disparition des archives. Côté algérien, le régime n’aura de cesse de cacher le rôle, notamment financier, des émigrés dans la lutte pour l’indépendance.

Pendant des années, une poignée de militants ont maintenu la flamme en jetant des fleurs du haut des ponts à chaque anniversaire, à Saint-Michel à Paris et au pont de Bezons, notamment. La mémoire n’allait rejaillir qu’en 1991, sous l’impulsion de jeunes beurs dont les parents avaient défilé en 1961, et grâce au premier livre de Jean-Luc Einaudi, La Bataille de Paris, qui publia la première liste des victimes et mit en pièces la version de Maurice Papon d’un affrontement armé entre FLN et police.

Il aura fallu dix ans de mobilisation et beaucoup d’encre pour que se lézarde cette chape de plomb.

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