Robert Badinter : La politique sécuritaire du président est “une mystification”

[Article paru sur le blog de Robert Badinter]

Pour l’ancien garde des Sceaux, la politique sécuritaire du président est “une mystification” et “un échec”.

Dans la préface du rapport “L’imposture. Dix années de politique de sécurité de Nicolas Sarkozy”, présenté mardi 29 novembre par la fondation Terra Nova,  l’ancien garde des Sceaux souligne point par point l’inefficacité de cette politique, la présentation opportuniste des chiffres à des fins de communication politique, et raille au passage la posture protectrice et compassionnelle de Sarkozy. Florilège.

Une posture “à la Clemenceau”

“Tonner contre le crime et se proclamer impitoyable avec les voyous confère à l’homme politique une image de fermeté républicaine, à la Clemenceau. La posture est toujours gratifiante car elle répond à l’inquiétude du public.”

Les chiffres de la délinquance : “C’est abuser le public”

“Parler d’une hausse ou d’une baisse de “LA délinquance” en France est aussi illusoire que le serait un indice unique de “LA maladie”. Enoncer que “LA délinquance” a connu une baisse ou une hausse de x% en un an, c’est abuser le public.”

“Pour marquer sa politique sécuritaire du sceau de l’humanité, Nicolas Sarkozy use d’une technique rhétorique particulière. Les résultats de la lutte contre la délinquance sont présentés, non plus en termes d’infractions constatées ou de délinquants condamnés, mais en nombre de victimes épargnées […] Qui sont ces centaines de milliers de victimes épargnées grâce à l’action de Nicolas Sarkozy ? De quels délits auraient-elle souffert si sa main protectrice ne les avait pas protégées ? […] On en rirait s’il ne s’agissait d’un sujet grave qui doit être pris en compte par la communauté nationale.”

L’exploitation des faits-divers : “le concours Lépine de la compassion politique”

Après chaque fait-divers, le Président de la République appelle la justice “à la plus grande rigueur”. “Pareille attitude méconnait le respect de l’indépendance de la justice dont il est pourtant le garant”.

“Nous sommes dans le temps de la “compassionate society”. (…)
Dans ce concours Lépine de la compassion politique, la palme d’or revient à la création en 2004 d’un Secrétariat d’État aux victimes […]

La multiplication des lois répressives : “une législation de faits divers”

“Le processus est bien rodé […] L’inflation législative est devenue un torrent. Dans la période 2002-2007 (lorsque la politique de sécurité était l’apanage du ministre de l’Intérieur), ce ne sont pas moins de 13 lois en cinq ans qui furent votées […] Depuis l’élection (de Nicolas Sarkozy) à la présidence de la République au printemps 2007, le rythme s’est accéléré : 14 lois sans compter les décrets. On ne compte pas moins de quatre lois en cinq ans pour lutter contre la récidive !”

“Pareille inflation législative est en soi un mal. Trop de lois dégradent la Loi, comme la mauvaise monnaie chasse la bonne. Mais peu importe la qualité législative. Ce qui compte c’est l’effet d’annonce, la portée médiatique du texte et le bénéfice politique escompté.”

La solution? “Le retour de la prévention”

“Seul le retour en force de la prévention sur le terrain, y compris par le recours à une police de proximité, entraînera une véritable et durable amélioration de la sécurité ailleurs que dans le discours officiel. Et il est vain d’espérer qu’une politique fondée sur la primauté absolue de la répression pourra le faire.”

Le bilan de Sarkozy : “Un échec”

“Ce n’est que dans la rhétorique présidentielle et ministérielle que la victoire sur la délinquance est présente. En dépit de toutes les habiletés statistiques, la réalité s’est faite jour. Il s’agit bien d’un échec. […] La mystification du discours officiel sur la sécurité apparaît en pleine lumière. Enlevez la pourpre de la rhétorique : le roi est nu“.

> Extraits publiés par le Nouvel observateur (29/11/11)

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